Jimmy Johnson au Banana Peel le 7 mars 2016

Une chronique de Jean Marc - Emission « Highway 55 » - www.libellulefm.com

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Jimmy JOHNSON au Banana Peel.

Il fallait bien un peu de courage pour quitter le cocon douillet de son foyer en cette soirée de fin d’hiver du 7 Mars et affronter les 2 à 3° de température extérieure et les 140km aller-retour ; mais quand on aime, le blues, on ne compte pas, les kilomètres. De même la passion du blues l’a emporté sur les risques de neige annoncée lors du retour nocturne ; c’est bien connu : neige du matin n’arrête pas les « blues pilgrims » que nous sommes !
Une attente d’environ un quart d’heure devant les portes du Banana Peel de Ruiselede, ce « Temple Belge du Blues » comme je l’appelle, au moins pour le côté flamand (néerlandophone) de ce beau pays.
C’est un lieu singulier et un peu improbable : une ancienne grange perdue aux confins d’un village de ces Flandres profondes de l’intérieur. Cet ancien bâtiment agricole est plutôt mal fichu, la scène est réduite à une estrade de quelques dizaines de centimètres, face à une salle tout en largeur, équipée de vieux fauteuils arrachés à un cinéma fermé. Mais ce lieu a une âme pour les amateurs de blues car ils sont tous passés par là ! Parmi les « anciens » : Sunnyland Slim, Doctor Ross, Little Willie Littlefield, Honeyboy Edwards, Lowell Fulson, JB Hutto, Koko Taylor, James Cotton et d’autres. Parmi les « moins anciens » : Joe Louis Walker, Phil Guy, Eddie C Campbell, Hubert Sumlin, Bobby Rush, Canned Heat, mais je m’arrête là car je pourrais continuer à l’infini. C’est également là que nous avons vu pratiquement « mourir sur scène » (!) Magic Slim.
Bref dans ce lieu il y a une âme, l’Ame du Blues ; il est tenu, sous la forme d’une simple association, par l’incontournable Franky Van de Ginste, savoureux mélange de bonhomie et de rigueur, entouré de toute une bande de joyeux bénévoles.
Voilà pour le lieu, mais, la musique me direz-vous ! Hé bien venons-y en élimant tout d’abord une polémique. Qui pour accompagner les vedettes US, des musiciens américains ou des européens ? D’aucuns sont inconditionnels sur ce point et ne se déplacent même pas si le groupe est européen ! Bien sûr, on préfère voir des vrais « amerlos » avec toute leur culture, mais, il faut bien se rendre à l’évidence, la conjoncture économique actuelle fait que les vedettes viennent souvent seules des States, sans leur groupe, au moins pour ces concerts de « moyennes » envergures !
C’était le cas ce soir-là où la « vedette » était accompagnée par des français, mais pas n’importe lesquels : Fabrice BESSOUAT, cumulant les fonctions de batteur et de tourneur, Anthony STELASZACK à la guitare et Antoine ESCALIER à la basse électrique. Un bon groupe, qui se connaît bien et qui, en guise d’intro. nous a délivré un « Catfish Blues » dont on pensait qu’il annonçait la couleur.
Et il est arrivé, le cheveu bien noir et dru, habillé tout de gris, sans ostentation comme le font parfois ses Confrères, avec une simple chaîne et une croix en or au cou.
Jimmy JOHNSON était donc « on stage » et il porte encore beau malgré ses 88 hivers (il est né en Novembre 1928 !). Mais durant les premiers morceaux il semblait un peu sur la réserve ; il nous a d’ailleurs dit qu’on le rendait « nervous » et a demandé de faire plus de bruit ! Il est vrai que les spectateurs habituels du Banana Peel, s’ils sont de très fins connaisseurs du Blues, ne sont pas forcément très expansifs, au moins au début du concert. Ils écoutent plus qu’ils n’applaudissent et pour les artistes sur scène, ils doivent avoir l’impression de subir un oral (chantant !) devant un jury bien sévère !
Quoiqu’il en soit l’atmosphère s’est un peu réchauffée après quelques morceaux, notamment grâce à quelques « lanceurs de claque » (les applaudissements) dont votre serviteur. Mais sur le plan de la musique, celui que l’on présente comme « une légende vivante du Chicago Blues » n’a pas vraiment donné dans ce style. Non, il nous a plutôt délivré une musique du genre soul, voire même funky pour certains titres. D’ailleurs, il l’a dit : « this is my kind of blues ! ». Après des morceaux à lui comme « Heap See » et « Cold Cold Feeling », il faudra attendre le dernier morceau du premier set pour entendre sa reprise de « Baby, you don’t have to go » de Jimmy Reed.
Il laisse volontiers la place à Anthony STELMASZACK pour de bons solos, reconnaissant d’ailleurs être en « compétition » avec lui, sur le plan de la guitare. Pour le reste le groupe est bien cohérent dans son accompagnement et Antoine ESCALIER assume très bien à la basse, notamment pour les morceaux tendance « funky ».
A la reprise l’ambiance s’est plus détendue et Jimmy plaisante, nous racontant comment sa deuxième épouse n’aime pas le morceau qu’il va nous chanter, parce que sa première femme l’adorait. Il nous parle également de son âge, faisant une comparaison entre ses années et les touches d’un piano (88 !). Pour la guitare il utilise une PRS griffée « Paul Smith » pendant tout le spectacle, là où certains de ses Confrères en déploient trois ou quatre sur scène !
Le deuxième set nous vaudra un ou deux morceaux vraiment soul qu’Otis Redding n’aurait pas reniés, Anthony STELMASZAK s’acquittant très honorablement d’un accompagnement à la « Steve Cropper ». Mais on oscillera toujours entre le soul/funky, plutôt que dans le « Chicago » à la Muddy Watters !
En dépit de son âge, la voix assez haute de Jimmy est toujours bien présente et, grâce à un accompagnement de qualité de la part de nos petits « frenchies », on peut dire que le concert fut réussi, le Banana Peel ayant d’ailleurs fait salle comble pour accueillir la « légende ».
La tournée de 13 dates continue en passant par Cholet, Bourgoin Jailleu, Beauvais, Engis (B) et se termine à Oraison.
Merci à Fabrice pour sa gentillesse habituelle.
Mars 2016.
JEAN MARC Emission « Highway 55 »
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